
Journal La Presse
Jeudi
29 septembre 2005 par
Adel
LATRECH
La fascination du monde de la femme
L'exposition qui se tient actuellement aux ateliers Raïth, à Sidi Bou
Saïd, réunit un florilège des ouvres de 23 élèves des 1ères et 2ème
années, inscrits aux cours de dessin et peinture de Mustapha Raïth et de
son épouse Laetitia Di Maccio, fille du célèbre peintre Gérard Di-Maccio.
Cette exposition de groupe, à voir et revoir tant elle est remarquable
de par la sélection des ouvres choisies et présentées, fait suite à une
autre qui vient de se dérouler au Zéphyr, à la Marsa, et qui était
intitulée « Huit femmes vous invitent ». Toutes des peintres issues des
3ème et 4ème années des cours de l'atelier Raïth.
Notions de l'image et de l'écrit
La peinture de ces élèves adultes vous laisse sincèrement perplexe. Elle
suscite l'admiration et, inévitablement, l'interrogation. C'est qu'on a
du mal à croire que des novices puissent avoir autant de maîtrise et de
talent. Là, on est en présence de néophytes, venues tout récemment vers
une pratique, un art qu'elles exécutent avec une perfection saisissante
et une grande sûreté dans la technique. On est franchement stupéfait et
surpris. C'est à se demander si une main « étrangère » n'est pas passée
par là pour corriger l'ouvre ou y apporter une éventuelle retouche. On
sait pertinemment que ce n'est pas le cas et qu'on n'est pas dupe, loin
s'en faut ! Nos artistes en herbe sont tout simplement géniales. Elles
ont assimilé le principe qu'en ce début du troisième millénaire, la
notion de l'image fixe, mobile ou animée, prend le pas sur la notion de
l'écrit, la figuration visuelle devient le principal mode de
communication dans divers domaines, la vie sensorielle devient aussi
importante que la vie intellectuelle et que l'homme moderne ne pense
plus seulement fonctionnel, mais fonctionnel et esthétique.
Elles ont également compris que l'art de peindre est un complément
indispensable au dessin, qu'il ne s'agit pas de concevoir une forme et
de la colorier par la suite, mais plutôt de la concevoir dès le départ,
en couleurs, en cherchant précisément dans la couleur la forme des
éléments.
La formidable énergie créative féminine
Dans ce capharnaüm, sans le désordre, de toutes les tendances des arts
plastiques, dans cet antre haut de gamme du raffinement, les ouvres sont
suprêmement belles et touchantes. Elles dégagent une énergie créatrice
qui cherche à se libérer, à s'éclater en formes et en couleurs qui vous
poussent à aller de l'avant, à la découverte d'un monde féerique, fait
de lumière et de beauté où le réel et l'imaginaire sont intimement
mêlés.
Le Vieux Cheïkh et La rue d'une ville de Flandre de Raoudha Ben Mlouka,
l'excellent Sidi Bou Saïd de Chafika Bahi, Fond Marin de Monia Lasram,
La tisseuse devant son métier de Leïla Djaït, Silhouette nocturne dans
la médina de Valérie Bogo et Sarah Cherif, les portraits de femmes de
Rym Miled, Aïcha Chérif, Hela Derbelle, La ballerine de Sarah Mamoghli,
L'Enfance de Christine Zyla, l'époustouflant Mannequin de Basma Rezgui,
Les portes de la medina de Maryse Cabau et Cyrine Lakhdar, un autre
portrait de femme de Mondher Maherzi et Le potier de Guellala de
Catherine Lemdani, ainsi que des ouvres « fauves » de Alison Béquin
constituent, en gros, un panorama assez exhaustif d'une exposition
révélatrice de « talents ». Talent souvent caché qu'aucune logique ne
guide sinon celle qui autorise ces femmes à traduire à coups de pinceau
la fascination du monde merveilleux de la femme et ses sortilèges.
Adel Latrech
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