
Journal La Presse
10
juin 2002 par
Mounira
OUADI
Galerie Yahia
des arts (Le Palmarium)
Exposition de groupe « Pour quelques rituels » (7-21 juin)
Cette farouche
passion de la vie
Mais qu'est-ce qui pousse donc les artistes à se regrouper ? A occuper
les mêmes cimaises, à se partager les mêmes ateliers (le rêve) ? Le
désir de rencontrer d'autres artistes, de travailler en commun, de
rechercher de nouvelles formes d'art, de nouvelles techniques, de créer
des styles bien particuliers ? Sûrement. Remarquez, ce besoin de
communiquer, les artistes de tout temps l'ont toujours ressenti.
L'exposition qui se tient en ce moment à la galerie Yahia ne déroge pas
à cette règle puisqu'elle compte des artistes dont le talent a été
encouragé par Mustapha Raïth qui pour faire bonne mesure, met son âme à
nu, exprime ses sentiments et sa vision universelle dans un « Langage
intérieur » peint dans des tons sombres, enrichi de motifs puisés à même
la source musicale, offrant au spectateur qui veut bien s'y attacher une
rare et étrange synthèse des deux arts et, par-delà l'harmonie formelle,
les tréfonds de l'inconscient de l'artiste qu'il dévoile lui-même avec
une mystérieuse lucidité. Le choix des sujets de Houda Blhadj-M'Barek
est pris directement dans le vie triviale. Gracieuses sons ses femmes «
Sur la route du Hammam », sublime son paysage désertique qui nous impose
la halte pour un « dîner sous la tente », hôtes privilégiés de gens qui,
au contact de la nature, ont su rester vrais. « Kharja » et « Derviches
tourneurs » donnent à l'ouvre de l'artiste un air de bonheur où la
netteté du trait, le souci du moindre détail le disputent à la
juxtaposition des touches colorées.
Sourde, vive, extraordinaire, la couleur chez Patrice Matton est
disposée en aplats, distribuée en taches dans la plus entière liberté,
et si la toile semble parfois surchargée, c'est parce qu'il possède la
spontanéité de la générosité en nous offrant la carte de la vie étalée
sur la « Table de jeux » pour nous entraîner ensuite dans une folle
farandole au son de tambourins qui n'ont nul besoin de « Partition »
pour transcrire nos destinées.
Sabin Dextre est fort adroite, fort superstitieuse aussi, aime la
matière « le haïk » et les bijoux que l'on met généralement pour bouter
hors de notre vue les jeteurs de sort. Ainsi parée elle-même, elle s'en
va dans la nuit bleutée, magique de Sidi Bou Saïd au risque de s'y
perdre, comme guidée par un rite immuable, celui du traditionnel, de
l'authentique.
Le désert fascine Cyrille Wisniewski et ses hommes bleus, nomades,
fiers, libres, vrais. Bien lunée, elle nous ouvre la porte de ce monde
fantastique, faisant par la même occasion chanter les couleurs.
L'émotion étant encore plus vraie sous ces latitudes, elle se doit
d'être silencieuse.
Cyrine Lakhdar nous peint tranquillement ce qu'elle voit à l'intérieur
de sa tête, c'est-à-dire des paysages tremblotants, des mirages, des
silhouettes fantomatiques de femmes portant gargoulettes, des capucines
orangées, au liseré rouge, des émotions qui fusionnent et des couleurs
complémentaires contrastées. Chaque toile de cette exposition collective
offerte au regard du visiteur se décline tel un aveu, comme une
confidence, et dans les plus lourds empâtements, dans l'exaltation des
teintes ou dans les plus sourds harmonies, une fraîcheur de vision, une
palette lumineuse intensément rouge, couleur de la passion, de la fête
qui a le pouvoir d'exalter la vie.
Mounira Aouadi
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