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Journal Le Temps Vendredi 27 septembre 2002 par MAK
Entrée Raïth
L'Atelier Raïth, expose maintenant à domicile, tout juste derrière l'Ecole d'Architecture et l'affluence intensive au vernissage augure de la suite. Sidi Bou Saïd est assez vaste pour qu'on y déménage : pas à dire, ça déménage… On ne sait plus distinguer les amateurs des talents qui s'y révèlent ou s'imposent.
A chaque saison, la même surprise mais en des pinceaux différents ; juin s'était achevé sur l'expo d'un autre groupe déjà plus connu. Et tous les âges de la vie pour ces dix femmes qui, pas toujours très convaincues de leur rencontre avec le public, ont verni leur première exposition. D'abord et modestement sceptiques : elles se sont détendues aux réactions.
Une expo assez particulière, puisque ces dames hésitent à se séparer de leurs premiers bébés : des quadruplés en général. Pourtant les acquéreurs se les auraient bien arrachés. Et on jette un regard nostalgique sur l'huile et l'acrylique qui ne décolleront pas des collections privées.
C'est que ces dames sont exigeantes : avec toute la bienveillance à l'égard des compagnes de tâches, elles conviennent des points forts des unes et des autres, de leurs propres défaillances, de leurs engouements et des découvertes issues de ces alchimies. La peinture qu'elles pratiquent seulement depuis un an représente encore pour elles un domaine magique. On obtient un effet, et pas toujours celui escompté, elles l'avouent. Elles se rendent compte que c'est l'ouvre qui les mène et pas le contraire. En fait, elles on engagé un rapport passionnel avec la peinture qui le leur a bien rendu.
Elles se livrent plus facilement, car aux cimaises, elles ne se prennent pas encore au sérieux. Pas de mystères : elles expliquent les techniques, la nécessité d'un « Maître », la quasi impossibilité d'apprendre à partir de livres, leurs propres progrès. Et dans cette exposition, chacune révèle ses propres tendances. Catherine Desquins, la Carment du groupe dans ses panoplies de rouges très passionaria. Catherine Lemdani dont vous reconnaîtrez l'étude à partir d'une photo de Jacques Perez, encline aux ambiances placides. Quant à Sushma Legendre, elle aborde les atmosphères dont la densité joue avec la lumière intérieure.
Car l'Atelier Plastique, c'est à la fois une discipline aux techniques mêlées, une Ecole de contraintes volontairement admises et… avec Raïth, une mise en condition, qui prend en compte les diverses affinités. Ces dames choisissent dans les sujets imposés; s'établit d'abord le rapport affectif au sujet et le combat commence avec la matière. Un an d'Atelier, c'est aussi une métamorphose individuelle, car il n'y a pas d'art sans cet investissement global de la personnalité. En même temps que quelque chose se passe sur la toile, c'est une remise en question qui paradoxalement fragilise et renforce.
« Exposables », elles le sont devenues. La technique passe par une relation de personne à personne où le « Maître » s'engage lui aussi, mais sans jamais intervenir matériellement sur le travail individuel : il démontre, il confie l'entière responsabilité de l'ouvre naissante à l'apprenti. Cet état d'esprit positif a engendré la participation dans l'organisation du vernissage des autres élèves et notamment des adolescentes comme Manon dont nous avions pu apprécier l'audace sur toile.
Inè Abassi, Nathalie Chignier, Narguesse Delomez, Katharina Katterbach, Katiana Lauerstedt, Claire Marie et Gabrièle Schlager se sont données pleinement à une aventure qui montre soit l'intégration de la lumière, soit la propension à la fluidité, soit les coups d'éclat de la teinte, soit l'habileté au couteau et ce dur équilibrage des formes, de leur volume et de leur mise en relief qui confère originalité de la touche par l'impression probante de l'affectif à partir de modèles sur papier.
Une aventure véritablement humaine. Le public sent combien les ouvres exposées contiennent de relation affective au sujet : l'art n'est-il pas transmission de sensibilité ? Et c'est l'émotion qui s'en dégage qui l'a touché directement. Pas de bluff. L'expo refuse de prétendre à autre chose qu'à cette communication. La sincérité, le refus du coup de pub médiatique, la négation du savoir-faire qui cabotine ont en fait entraîné les apprenties au-delà de la conscience même de ce qu'elles savaient manipuler : et la technique est venue s'inscrire d'elle-même, dans la joie ou dans la douleur. Combien d'ouvres exposées un peu partout, d'amateurs, de jeunes techniciens n'ont pas réussi ce coup de maître, nous concerner !
Nous n'avons pas assisté à une expo homogène de travaux de fin de cursus, où chacun ressemble à l'autre. Ces dames l'ont bien compris qui on déblayé leurs préjugés pour nous offrir une véritable palette de leur propre intimité avec l'art.


MAK

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