
Journal La Presse Dimanche 5 octobre 2003 par Raouf SEDDIK
Chemin initiatique au feminin
C'est une prouesse digne d'attention que celle qui est à mettre au crédit de
l'atelier Raith, à Sidi Bou Said. Organiser une exposition grâce à la production
d'élèves qui, pour les plus avancées d'entre elles -car il s'agit de femmes-,
ont deux ans d'expérience dans le domaine de la peinture, c'est sans doute
quelque chose qui peut paraître assez normal. Mais donner à voir au visiteur des
toiles de cette qualité, où se laisse deviner déjà une relation désormais intime
avec la matière et la couleur, voilà qui est nettement plus rare de la part de
nouvelles initiées.
Le mérite de Mustapha Raith, le peintre qui dirige la formation, est d'ouvrir
des perspectives expérimentales pour ses élèves. C'est ainsi qu'elles explorent
et testent des techniques aussi différentes que celles du couteau et du pinceau,
mais aussi du papier utilisé ici pour obtenir un effet de fragmentation de la
couleur. A ce stade, le travail se fait à partir de photographies. Le choix des
thèmes, confie l'une des exposantes, est un moment délicat.
Pour des raisons techniques, certains sujets sont évités. Mais le choix final
est toujours révélateur d'un cheminement parti- culier, d'une recherche désirée
où quelque chose d'intérieur se joue... qu'il s'agisse de la fugacité d'une
apparition qui échappe au voilement de l'ombre et du vêtement, d'une intensité
portée par un contraste chromatique fort, d'un ciel tourmenté dont l'obscurité
traverse les êtres ou encore de la déconcertante quiétude d'un homme absorbé
dans son ouvrage.
C'est toujours une expérience à mener où l'essentiel semble beaucoup plus de
s'engager dans un «combat>, que de céder à un quelconque esthétisme.
Pour Mustapha Raith, l'activité artistique a quelque chose d'insurrectionnel. Sa
vocation naturelle est de rompre avec la figuration, même si celle- ci demeure
une étape nécessaire dans le chemine- ment du nouvel artiste. L’aventure du
peintre n'est pas «sans un prix à payer» , dit-il. Expérience d'une certaine
violence intérieure, mais aussi d'une violence ressentie à travers le monde
extérieur et ses événements tragiques, la peinture n'est-elle pas aussi,
paradoxalement, celle d'une sérénité conquise ? Mais ce chemin-là, il appartient
aux élèves de le poursuivre elles-mêmes : «Je ne veux pas avoir de disciples»,
rappelle le professeur.
Raouf SEDDIK
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