
Journal Le Temps
Premier
octobre 2000 par Monique
AKKARI
«…Puis vint la couleur »
Musée de Sidi Bou Saïd en
effervescence. L'atelier Mustapha Raïth et Laetitia Di Maccio aux
cimaises. Le happening est attendu.
Les enfants massés, assis par terre, au premier rang. On se bouscule
derrière pour ne rien perdre du spectacle. Sur une estrade ; deux
chevalets raccordés ensemble. et la noirceur d'encre du fond : « Au
commencement était l'absence de couleur... » officie l'organisateur de
l'expo et maître des 5 exposantes. Bien sûr, il ne faut pas rechercher
une vérité historique dans le délire des happenings, mais une réalité
symbolique, jetée en pâture à l'interprétation de chacun. Tel un oracle,
l'officiant de cette cérémonie profane, se balance au rythme d'une
mélopée instrumentale ; et joint le prolongement gestuel en longues
dégoulinures et éclats de peinture. Le message linéaire s'inscrit en
touches de couleurs, primaires, puis associées, pour s'achever sur un
cadrage de blanc qui les contient toutes. L'artiste, chaussé de lunettes
noires, passe le relais à un frère en art qui complète en langues
connues, l'alphabet de la confraternité. L'oeuvre est achevée, respire
un instant. Les enfants, conviés à y inscrire leur sceau, l'achèveront
(dans le sens figuré du terme) : l'ensevelissant sous une masse compacte
qui la rendra à sa couleur d'origine. Signifient-ils par là que l'ouvre
doit rester secrète ? Ou se trouvent-ils pris spontanément dans la
fièvre du revêtement et de l'horreur du vide ? Surprise profonde : il ne
reste rien à voir. Sauf sur les vêtements claires des néophytes,
barbouillés aux couleurs de l'arc-en-ciel. La boucle est bouclée, la
couleur vit sur les générations nouvelles.
Une exposition de groupe, c'est toujours un peu compliqué. Surtout quand
les personnalités s'avèrent différentes et que les styles se côtoient en
mosaïque. De la couleur, il s'en répand, avec la peinture gestuelle
d'Ellen Flores (l'une des 5) : légère, légère. Toute en impression et en
mouvement pour l'expression résolument abstraite.
Les couleurs ? A l'autre bout de la galerie Mustapha Raïth les ordonne,
les range très peu sagement en des serpentins qui révèlent d'autres
mondes. Une liberté de l'imaginaire et de la fête des couleurs.
Véritable explosion qui ne manque ni d'attrait, ni d'audace. Choc des
teintes qui ne s'embarrassent pas de leur proximité et oscillent entre
la provocation avant-gardiste et l'affirmation d'un plaisir visuel.
Comme discrètement, mais avec toute la dextérité d'un souci de
perfection, la renaissance de Laetitia Di Maccio, semble surgie du fond
des temps. Sa peinture n'est pas un éclat, mais une caresse : velouté de
l'oeuvre, du sujet, de la lumière qui vient la rehausser délicatement.
La touche est fine, un vrai bonheur.
A l'école de tels techniciens, les exposantes ont toutes intégré
l'harmonie de la composition, l'équilibre des teintes, et la touche qui
personnalise la toile.
Phase d'observation pour l'ensemble, les thèmes s'en prennent aux
paysages ; la pierre s'oppose à la végétation. C'est en fait un voyage
imaginaire qui s'expose avec Cyrine Lakhdar, Anna Orsoni, Monique Gimeno
et Yvonne Jemaï. A chaque artiste, correspond la volonté d'extraire du
sujet sa propre caractéristique. L'enjeu n'est pas de puiser dans une
manière, mais de pressentir le point de vue qui va orienter la vision.
Etude et recherche qui démontrent, à coup sûr, les qualités picturales
de chacune. Toutes ont chopé le point vital qui anime et rend attachant
le sujet. Ce qui n'est pas si sûr avec des paysages. Dotés d'une âme,
ils posent le premier jalon d'une entreprise à long terme.
Monique Akkari
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