
Journal La Presse –
Octobre 2005 par Adel Latrach
Le
monde imaginaire et fabuleux de l'enfance
Il nous paraît évident que toute action contribuant à la promotion de
l'enseignement des arts plastiques dans les institutions publiques ou
privées est la bienvenue, à condition que le côté commercial ne vienne
pas dénaturer ses objectifs.
Les arts plastiques, autrefois réservés à l'exercice de certaines
professions, sont aujourd'hui perçus comme partie intégrante de
l'éducation, non seulement à cause des applications nombreuses qu'on en
tire, mais aussi en raison de leur influence sur le développement
intellectuel de l'élève et sur l'avenir de l'individu dans les multiples
domaines de la vie professionnelle. Dès lors, on voit l'efficacité de la
promotion de l'enseignement des arts plastiques dès la prime enfance, et
le rôle primordial qu'une telle pratique est amenée à jouer dans la vie
de l'enfant, même dans la vie de celui qui ne sera, plus tard, ni
plasticien, ni architecte, ni designer ni graphiste.
Les arts plastiques ne sont donc ni un luxe, ni un divertissement, ils
sont des expressions fondamentales de la société. En Tunisie, il
n'échappe à personne que l'univers pictural se porte à merveille. D'une
saison à une autre, le nombre de galeries s'accroît. Ce mouvement, en
pleine expansion, est loin de se tarir, étant donné que dans certains
quartiers huppés de la capitale ou du côté de la banlieue nord, cette
tendance se confirme de plus en plus, alimentée qu'elle est par cette
formidable cuvée qui promet et qui vient nous rappeler que le marché de
l'art est en pleine euphorie. En Tunisie, on peut vivre de sa peinture.
Des dons insoupçonnés qu'il faut cultiver
Parmi les structures qui dispensent des cours de dessin et de peinture,
il s'en trouve une, et de qualité : les ateliers Raïth, à Sidi Bou Saïd.
Situés au coeur du site classé patrimoine mondial, les lieux fascinent
par l'authenticité du cadre, son caractère un peu sauvage, l'infinie
variété des jeux d'ombre et de lumière qui baignent les salles dans un
silence monacal.
Des salles où règne un silence d'église avant l'irruption des chérubins.
Ces petites têtes brunes ou blondes, selon les origines, s'affairent
d'un air malicieux et espiègle au milieu de tout un attirail de gammes
de couleurs, de pinceaux, de papiers Ingres, de fixatifs, de pastels et
de fusains. Le professeur, vigilant et attentionné, guide sévèrement
leur progrès. La peinture de ces enfants doués, est à mi-chemin du
figuratif, du naïf et de l'abstrait.
Le cas de Joëlle Arce, 13 ans, est particulièrement significatif. Très
sûre d'elle, Joëlle a réussi à saisir le pouvoir des lignes, des volumes
et des couleurs pour créer des ensembles ordonnés, capables d'agir sur
la pensée et la sensibilité. Quant à Skander Zarrouk, à peine10 ans, il
a peint « Ambiance marine ». Probablement une île, quelque part dans
l'archipel de Kerkennah, un horizon entre ciel et mer ponctué de
palmiers, de maisons blanches avec, au loin, une barque qui tangue. Un
site paisible travaillé sur une synthèse qui révise la complémentarité
des couleurs. Il a fait vibrer son sujet et l'a vivifié en rehaussant
l'harmonie colorée avec un orangé, teinte presque ocre de la terre.
Skander a eu l'intelligence de réduire volontairement sa palette de
couleurs. Autres tableaux qui méritent qu'on s'y arrête et qui nous
interpellent tant les progrès et la qualité technique sont indéniables,
ceux de Aurélien Breeden, 14 ans, une vue aérienne d'un village de la
province française, avec des collines verdoyantes, des maisons en tuiles
et une route qui serpente à travers champs. Il est magnifique. Alya
Cherif, 12 ans, présente une belle oeuvre avec des couleurs gaies. Il
s'agit d'un arbre dont les branches, sans feuillage, s'enroulent en
spirale. Zeïneb Jelif, 11 ans, a peint un portrait qui rappelle
étrangement Femme aux yeux bleus de Modigliani. La figure humaine chez
cette jeune enfant se distingue par la hardiesse et la pureté des
lignes. Le benjamin de cette exposition est Hachemi Kilani, 9 ans, son «
Chant de la chouette » nous projette dans le monde imaginaire,
authentique et merveilleux de l'enfance.
Les ateliers Raïth
Les ateliers Raïth, dirigés par Mustapha Raïth et son épouse Laetitia Di
Maccio, existent depuis six ans déjà. Parallèlement aux cours destinés
aux adultes qui débutent en octobre pour prendre fin en juin. Le couple,
assisté de deux professeurs émérites, prodigue, à une cinquantaine de
gosses, leur savoir-faire avec un naturel et une spontanéité qui mettent
en confiance les petits et dont ils sont à féliciter, vu les résultats.
Dotés d'un sens pédagogique naturel et accessible, Mustapha et Laetitia
sont parvenus à faire de leur atelier une école hautement performante.
Adel Latrech
Retour