
Journal le
Quotidien – 12 mai 2002
L'artiste est mort, vive l'artiste
Amateurs avertis, artistes désireux de renouveler leur répertoire
offrant des possibilités extraordinaires et souvent insoupçonnées. A la
galerie Yahia des arts, les artistes de l'atelier « Raïth » nous donnent
à voir l'image d'un art varié. L'exposition y gagne en diversité.
Mustapha Raïth a longuement vadrouillé lors de séjours fructueux à
l'étranger. Mais cela fait des années qu'on le retrouve avec les membres
de son atelier, sis à Sidi Bou Saïd. Cette fois, le thème de
l'exposition « La Tunisie » nous donne à voir un voyage humecté d'odeur
ancestrale. Comme baignées de soleil, les ouvres se succèdent ici,
restituant l'esprit authentique de la vie urbaine et de l'artisanat.
Bien que le thème semble rébarbatif pour certains, l'approche des
artistes de l'atelier Raïth paraît différente car on est loin ici de
barbouiller les rues et les ruelles de la Médina ou de proposer des
natures mortes qu'on a l'impression de revoir dans chaque exposition !
(« Partition» de Patrice Matton et « Pour quelques rituels » de Sabine
Dextre). Parmi les autres découvertes de l'exposition, on a adoré
l'oeuvre de Cyrine Lakhdar « Mirage » celle de Cyrille Wisniewski «
Ruelle » où éclate l'intensité lumineuse du bleu et « Présence » où la
palette est réduite à une géométrisation stricte et rigoureuse.
L'oeuvre du Maître
Mustapha Raïth, quant à lui, s'exprime dans un chromatisme plus riche et
un graphisme plus souple. Ses ouvres réinventent l'espace par des
surfaces colorées où l'artiste interroge de nouveaux motifs qui
constituent de ce fait, les éléments fondamentaux de son iconographie.
Raïth a de quoi nous séduire et nous intriguer. Séduire car l'artiste,
qui donne à la couleur toute son intensité, s'efforce d'appliquer les
règles d'une composition rigoureuse. Il s'agit bien d'un amour pour tout
ce qui bouge, pour les tourbillons des jeux téméraires. Intrigué par
l'idée de la mort, l'artiste a été amené à organiser la sienne, pour
ressusciter et signer son acte de renaissance. « Moi. qui ai bravé mes
peurs intérieures et provoqué délibérément ma propre mort, je m'accorde
la liberté d'entrer dans ma propre légende en criant haut et fort :
l'artiste est mort, vive l'artiste ! » nous a-t-il confié.
Tout comme Nietszhe qui a annoncé la mort de Dieu, Michel Foucault qui a
proclamé la mort de l'homme, Raïth parle de la mort de l'artiste. Ne
serait-ce qu'une simple façon d'appréhender l'art ? Il le disait
lui-même dans l'un de ses écrits « En fait, chacun voit dans l'art ce
que sa puissance visuelle lui permet de percevoir. Faute de quoi, rien
de profond n'est perçu ».
Raïth, qui manie les images écrites et peintes, artiste accompli ne le
serait-il pas ?
Mona Ben Gamra
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