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Chemin initiatique au feminin
C'est une prouesse digne d'attention
que celle qui est à mettre au
crédit de l'atelier Raith, à Sidi Bou Said. Organiser une exposition
grâce à la production d'élèves qui, pour les plus avancées d'entre
elles -car il s'agit de femmes-, ont deux ans d'expérience dans le
domaine de la peinture, c'est sans doute quelque chose qui peut
paraître assez normal. Mais donner à voir au visiteur des toiles de
cette qualité, où se laisse deviner déjà une relation désormais
intime avec la matière et la couleur, voilà qui est nettement plus
rare de la part de nouvelles initiées.
Le mérite de Mustapha Raith, le peintre qui
dirige la formation, est
d'ouvrir des perspectives expérimentales pour ses élèves. C'est
ainsi qu'elles explorent et testent des techniques aussi différentes
que celles du couteau et du pinceau, mais aussi du papier utilisé
ici pour obtenir un effet de fragmentation de la couleur. A ce
stade, le travail se fait à partir de photographies. Le choix des
thèmes, confie l'une des exposantes, est un moment délicat.
Pour des raisons techniques,
certains sujets sont évités. Mais le choix final est toujours
révélateur d'un cheminement parti- culier, d'une recherche désirée
où quelque chose d'intérieur se joue... qu'il s'agisse de la
fugacité d'une apparition qui échappe au voilement de l'ombre et du
vêtement, d'une intensité portée par un contraste chromatique fort,
d'un ciel tourmenté dont l'obscurité traverse les êtres ou encore de
la déconcertante quiétude d'un homme absorbé dans son ouvrage.
C'est toujours une expérience à mener où l'essentiel semble beaucoup plus de
s'engager dans un «combat>, que de céder à un quelconque esthétisme.
Pour Mustapha Raith, l'activité artistique a quelque chose
d'insurrectionnel. Sa vocation naturelle est de rompre avec la
figuration, même si celle- ci demeure une étape nécessaire dans le
chemine- ment du nouvel artiste. L’aventure du peintre n'est pas
«sans un prix à payer» , dit-il. Expérience d'une certaine
violence intérieure, mais aussi d'une violence ressentie à travers
le monde extérieur et ses événements tragiques, la peinture
n'est-elle pas aussi, paradoxalement, celle d'une sérénité
conquise ? Mais ce chemin-là, il appartient aux élèves de le
poursuivre elles-mêmes : «Je ne veux pas avoir de disciples»,
rappelle le professeur.
Raouf SEDDIK
Dimanche
5 octobre 2003 |